Presque un an après le début de l’épidémie, Ebola fait toujours autant de dégâts. Selon l’Organisation mondiale de la Santé, plus de 5 000 personnes sont déjà mortes contaminées. Le virus serait réapparu en décembre 2013, en Afrique de l’Ouest et notamment en Guinée où Salimatou Dramé-Bah, chargée de projet pour l’éducation et la santé pour la Banque Mondiale, nous parle de l’évolution du virus et de ses conséquences.

Quelle est la situation actuelle en Guinée ?
Au départ, le Liberia était le plus touché, puis la Sierra Leone et enfin la Guinée. Dans ces deux premiers pays la situation s’améliore un petit peu alors qu’ici, toujours pas. Les régions guinéennes les plus touchées sont Guékédou, Macenta et Nzérékoré. Ce sont des endroits boisés d’où provient la viande de brousse et notamment la chauve-souris. La maladie a débuté, entre autres, à cause de cet animal.
Comment peut-on gérer cette pandémie ?
Il y a deux problèmes. Le premier est de faire comprendre aux habitants qu’il faut arrêter de manger de la viande de chauve-souris. Ils en consomment depuis des décennies et ils n’ont jamais eu de problèmes, donc c’est difficile de leur faire comprendre. Sauf qu’il y a de très grands risques de contamination avec la chauve-souris. Le second est lié aux décès. Un cadavre peut transmettre Ebola. Les gens ici sont catholiques mais procèdent aussi à de nombreux rituels avec leurs morts. Ils récupèrent, par exemple, l’eau avec laquelle le cadavre est lavé pour la placer dans un bol. Chaque membre de la famille du défunt doit ensuite prendre un fruit ou un légume, le tremper dans cette eau, souvent contaminée, et le manger.
C’est ce qui explique la multiplication des cas ?
Oui, car des familles entières peuvent mourir a cause de ces rituels. Mais il est impossible de faire changer les mœurs et pratiques du jour au lendemain. Les médias africains font leur travail en alertant la population sur ces problèmes. [Les enterrements doivent se faire de manière protégée] (4). Tout le monde doit porter des gants et ne pas toucher les cadavres. Mais la prise de conscience n’est encore qu’infime. Certains cachent même leurs enterrements pour procéder à leurs propres rituels. Quand la population se rendra compte des problèmes d’hygiène qu’entraînent ces pratiques, l’épidémie pourra enfin diminuer.
Quelle est la réaction de la population guinéenne à cette épidémie ?
On ne vit pas dans la peur mais on y pense tout le temps. Il suffit de connaître les gens que l’on fréquente. Maintenant, à Conakry (NDLR : La capitale guinéenne), dans n’importe quel bureau, ministère ou maison, il y a des seaux d’eau avec du chlore et du savon. Culturellement, les gens en Guinée se serrent beaucoup la main, à l’inverse des Français qui se font beaucoup la bise. Mais comme on dit qu’Ebola s’attrape aussi par la transpiration, les habitants se serrent de moins en moins la main et se les lavent à tout bout de champ.

Comment sont prises en charge les personnes contaminées ?
Les malades d’Ebola doivent être isolés en dehors de la ville. Ils sont dans des tentes. C’est la seule façon de les mettre à l’écart. On ne peut pas construire des établissements en dur pour les accueillir car il faudrait ensuite brûler les maisons pour éviter tout risque. Il est plus facile de faire disparaître un campement. Nous allons aussi recevoir très bientôt des kits de la Banque Mondiale et de l’Unicef pour le dépistage rapide. Grâce à une piqûre sur l’index, on saura en dix minutes si le patient est positif ou négatif. On pourra le diriger directement vers un endroit adéquat pour s’occuper de lui. La distribution de ces kits va être massive.
Est-ce une situation difficile pour le corps médical ?
Les médecins sont constamment dans la crainte. Chaque consultation est faite avec la peur au ventre. Les médecins ici ne sont pas tout le temps masqués. Donc si un malade arrive avec de la fièvre, ils ont tout de suite peur d’Ebola. Alors qu’une fièvre peut simplement être le symptôme d’une grippe ou du paludisme.
Ce virus peut-il devenir un fléau mondial ?
Il est clair qu’Ebola peut toucher le monde entier. Beaucoup de pays ont fermé leurs frontières mais ça n’empêche pas le virus de voyager. La communauté internationale aide beaucoup les trois pays touchés mais c’est la planète entière qui est concernée.
Estimez-vous l’aide des pays européens et nord-américains suffisante ?
Il faut savoir que le Liberia est une ancienne colonie américaine, la Sierra-Leone appartenait à l’Angleterre et la Guinée à la France. Les aides humanitaires suivent un peu le même schéma. Le Liberia se fait, par exemple, beaucoup aider par les États-Unis. [Ici en Guinée, les Français sont en nombre] (4). Ils ont envoyé de nombreux médecins. Surtout dans les régions les plus touchées. Mais on ne peut pas comparer ces deux aides. Celle des États-Unis est plus consistante, plus palpable. La France aide énormément mais fait aussi beaucoup de promesses. « On va faire ceci », « on va faire cela ». Alors que les Américains agissent.

Quel est l’impact économique de ce virus sur le pays ?
Les pays alentour ont fermé toutes les frontières avec la Guinée. Ce qui fait forcement beaucoup de mal à notre commerce. Le Sénégal, par exemple, était l’un de nos principaux partenaires économiques avant qu’il ne coupe tout échange. Nous produisons beaucoup de fruits et légumes que nous ne pouvons plus exporter dans les autres pays. Sur les vingt bateaux qui arrivaient chaque mois avant l’épidémie seulement un débarque encore aujourd’hui. Sans parler des écoles qui sont toujours fermées.
Comment la jeunesse vit-elle cette période difficile ?
Très mal. Les écoles publiques et privées n’ont toujours pas ré-ouvert. Les jeunes se demandent s’ils vont avoir une année blanche ou s’ils vont louper leur année. Certains devaient aller à la fac ou passer leur bac. C’est un gros point d’interrogation pour tout le monde. Les écoles ne sont
pas encore prêtes à recevoir les élèves. Tant qu’il n’y aura pas toutes les conditions sanitaires réunies, elles resteront fermées car cela pourrait être l’hécatombe. On parle d’une ouverture le 1er décembre mais on reste dans l’attente. Seules les écoles françaises et américaines, rapidement protégées contre le virus, sont en service.
Propos recueillis par Lucas Vola

Sujet très inquiétant, car si pour beaucoup le virus parait concerner les pays lointains, le virus peut très bien s’étendre au monde entier par le seul fait de la circulation des hommes et des marchandises. Est-on sûrs que le peu de protection mis en œuvre dans le reste du monde peut limiter la progression du virus ? Votre sujet touche du doigt également le délicat problème des coutumes. Encore une fois malheureusement les croyances, le veau d’or, joue de vilains tours aux populations.
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