The Revenant, le classique américain revient pour se venger

The Revenant porte bien son nom puisqu’il signe le retour de la fresque épique à l’américaine, dérivée du western classique : alors que Tarantino redouble d’inventivité en mixant Agatha Christie, Reservoir Dogs, le western américain et toutes autres références diverses et variées dans les 8 Salopards, Alejandro Gonzales Iñárritu décide de sortir un « bon vieux » film américain. Ça commençait à nous manquer.

Tarantino VS Iñárritu

À trop combattre les clichés, on finit par se fatiguer. Hollywood nous fait souffler avec The Revenant en posant un cadre bien précis et bien connu de tous : un Américain, dont la femme est indienne, marginalisé par ses compatriotes, héroïsé par sa quête de vengeance. Le méchant, blanc, corrompu, lâche… Tout ce qu’il y a de plus classique. Rappelez-vous, Danse avec les Loups en 1990. Remontez jusqu’en 1966 et remémorez-vous Nevada Smith et le grand Steve McQueen : vous vous rendrez compte que The Revenant n’est qu’un pastiche de toutes les autres grandes épopées hollywoodiennes qui va même jusqu’à copier le schéma scénaristique du film d’Henry Hathaway .

À ce propos, 1966 est également l’une des dates les plus importantes de l’histoire de notre civilisation puisqu’elle représente la date de la sortie de  le Bon, la Brute et le Truand : intéressant de remarquer qu’en 2016, 50 ans après, deux réalisateurs (Tarantino, très attaché au western spaghetti à la Sergio Leone et Iñárritu, au style plus classique à la Henry Hathaway) sortent chacun un « western ».

En termes de construction narrative, là aussi, rien de frais : quand Tarantino s’amuse à désordonner sa narration, Iñárritu, lui, met à l’aise son spectateur : il faut avouer que l’on peut sortir fumer une cigarette au milieu de la séance et reprendre ensuite le fil du récit sans s’inquiéter de rater un épisode. Le cadre étant posé, on peut donc se laisser aller et admirer les paysages nord-américains, faute d’avoir pu les contempler chez Tarantino pour cause de huis-clos et de blizzard.

La position du chien de chasse

Passons rapidement sur la bande originale, juste et discrète, encore une fois dans la lignée des films hollywoodiens épiques. Comme Iñárritu ne voulait surtout pas perdre son spectateur, les plans ne jouissent pas d’une grande diversité. Le film alterne quatre types de plans : le travelling large, le plan large déroulant les paysages nord-américains, le travelling suivi du personnage et le plan serré en contre plongée. Ces types de plan placent le spectateur dans une position particulière : celui de guetteur, regardant l’arrière-plan, aux aguets, prêt à repérer un ours ou un indien, tout en gardant un œil admiratif sur les émotions émanant du personnage. Le spectateur est toujours dans la position du chien de chasse qui garde un œil bienveillant sur son maître. Ce choix flagrant du réalisateur a le mérite d’apporter quelque chose de plus dans l’esthétique du film d’aventure, et de faire en sorte que le spectateur en redemande.

Ce modèle rappelle la bande dessinée de l’auteur suisse Derib : Buddy Longway, relatant la vie du trappeur du même nom. Derib veillait aussi à ce que le lecteur occupe une position à la fois active et omnisciente dans la vie quotidienne de ces hommes de la nature. Dans la BD comme dans The Revenant, le cadre narratif large en est réduit au cliché : Amérique, indiens, métissage, guerre, vengeance. La vraie histoire à raconter, c’est la survie en milieu hostile. Certains fans de Baer Grills et de son émission Man vs Wild noteront d’ailleurs des références plus que flagrantes.

Un gouffre à Oscars

On l’aura compris, The Revenant est le film hollywoodien par excellence. Il nous rappelle l’âge d’or du cinéma post-guerre du Vietnam : DiCaprio est Hugh Glass, le trappeur, mais il est aussi le soldat Ryan, ou le Rambo du Dakota du nord. Que ce soit sur la guerre contre les indiens ou contre les Viêt-Cong, la situation est la même : l’ennemi connait mieux le terrain, le territoire est hostile, etc… Ces films puisent dans la même source, et les Oscars en sont friands (5 Oscars pour Le Soldat Ryan, 7 pour Danse avec les Loups, etc…).

Mais surtout, ce film est l’opportunité pour Leonardo DiCaprio de gagner enfin un Oscar. C’est la première fois que l’acteur interprète un rôle de héros américain complet. Son style d’interprétation est marqué depuis des années par des personnages démesurés au sourire satisfait et aux accès de rage. Dans The Revenant, non seulement il n’interprète plus son rôle habituel mais se lance le défi d’interpréter le héros américain par excellence. À cause du scénario, son jeu d’acteur en est réduit à sa forme la plus brute, basée uniquement sur l’émotion, la souffrance, la rage, exempt de toute fioriture. Rampant, sans voix, DiCaprio se retrouve dénudé, dépossédé de ses atouts, « à poil dans la neige ». Littéralement.

Au visionnage, on peut d’ailleurs sentir à quel point il est délicat d’interpréter ce rôle. Comment ne pas tomber dans le sur-jeu ? Durant tout le film DiCaprio oscille entre l’exagération et la justesse. Mais rien d’éliminatoire pour les oscars.

Tom Hardy, au contraire, a un peu plus de lignes de textes à apprendre que dans ses autres films. Il reste magistral, mais le film aurait peut-être été plus éblouissant en termes d’interprétation si les deux acteurs avaient inversé leur rôle. La course aux Oscars a ses raisons. Restons unis autour de DiCaprio qui a encore une fois redoublé d’efforts pour se rapprocher de son Graal.

La bande annonce magistrale de The Revenant, c’est ici…

Alix Pradel

2 réflexions sur “The Revenant, le classique américain revient pour se venger

  1. Très bon papier sur The Revenant d’Inarritu même si j’aimerais vous confronter quelques unes de mes appréciations concernant le film et votre papier.
    Concernant votre écrit, je vous félicite sur le style comme sur l’organisation des idées. C’est donc à la fois extrêmement clair et limpide sans être ni trop sophistiqué ni trop simple donc bravo à vous !
    Cependant, j’aurais aimé que vous développiez le fond du long métrage, regorgeant de thématiques métaphysiques et philosophiques pas foncièrement marquante mais tout de même présentes.
    Par exemple, la thématique de la transcendance est selon moi la Madeleine de Proust d’Inarritu. Tout comme dans Birdman, le réalisateur mexicain montre comment l’Homme peut passer de sa simple condition à un état presque divin, par un acte psychique. Si dans Birdman, on développait ainsi la thèse de la condition de l’artiste, la fracture des barrières entre le réel et l’irréel grâce à un hyperréalisme de toute beauté, il s’agit dans The Revenant de la condition humaine dans son rapport à la nature qui prédomine.
    En effet, on ressent bien les intentions de Alejandro Inarritu à développer une intrigue certes simple, mais qui fait la part belle à l’immersion. Celle ci se retrouve parfaitement maîtrisée grâce à une mise en scène au petit oignon (ou ognon) de l’auteur. D’ailleurs, il faut remarquer l’utilisation des plans séquences ainsi que les effets de style purement naturalistes, tel que la buée sur la caméra pour exemple. La mise en scène n’est pas révolutionnaire dans la diversité de ces cadrages mais dans l’intensité qui rend dans l’image (par ailleurs sublimement habillé par le chef opérateur Lubezki qui a bien mérité sa statuette).
    Pour revenir aux thématiques qui se glissent dans le long métrage, celle qui faut avant tout retenir est selon moi la dimension existentielle de l’Homme dans son rapport à la nature. On nous oppose alors deux conceptions de ce rapport dans le genre humain : Tom Hardy et l’absorption de Dieu (lorsqu’il conte son récit avec l’écureuil comme étant Dieu) et Leonardo DiCaprio et la fusion avec la nature par rapport à son union avec une Pawnee, l’importance de la filiation avec un enfant bâtard. Comme il est développé dans le long métrage, DiCaprio est en communion avec la nature et c’est uniquement grâce à cela qu’il réussit à se sauver. Même les métaphores divines appuient ce propos. On se rend compte avec ce final d’une brutalité rare que la condition humaine doit tendre vers une communion avec la nature, nous devons apprendre à vivre avec, à la respecter et à la sauvegarder. C’est dans ce sens qu’on peut ironiser en disant que le long métrage peut ridiculiser à lui tout seul la Cop 21, de même que le discours de son acteur vedette lors des Oscars le 28 février dernier.
    Désolé pour ce long roman probablement désorganisé mais j’espère sincère sur un film qui m’a fait ressentir comme jamais la sensation de cinéma. Il reste un fantasme cinématographique presque parfait et restera longtemps dans les mémoires comme un film classique par son inscription dans les grands films américains de survie (Le Convoi Sauvage, encore Hugh Glass, cette fois ci interprété par Richard Harris).

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