De début juillet jusqu’à la mi-septembre, Didier Magne, accompagné de huit amis et de sa compagne, s’est élancé sur les routes, direction la Mongolie. En 2CV.

“Partir comme ça, sans trop savoir où on allait, c’était génial, se souvient Didier Magne. Alors, on se guidait quand même, mais là-bas, il n’y a quasiment aucune route : ce sont des pistes qui s’en vont vers le lointain, donc il faut y aller à la boussole pour s’orienter. Tous les cent ou deux cents kilomètres, on tombe sur un petit village, mais c’est tout. La plupart du temps, nous étions complètement isolés”.
Cela fait plus de 25 ans que Didier Magne, ancien commercial chez Citroën, est le président de l’antenne Midi-Pyrénées du Club des amis de la 2CV. Collectionneur depuis des décennies, il possède une quinzaine de voitures de ce modèle. Son amour pour la “Deudeuche” est né dès le début des années soixange-dix. “Je pense que ça a vraiment commencé quand j’étais étudiant, raconte le Montalbanais. J’ai 20 ans à l’époque, et avec deux copains, on entend parler d’un grand rallye tout terrain organisé par Citroën. On s’inscrit, on passe les sélections, et à l’été 1971, on part dans une camionnette 2CV pour rouler de Paris jusqu’à Persépolis en Iran, et avec le retour !” Ils s’en rappelle comme si c’était hier : “il y avait 467 2CV engagées à ce rallye, dont 1300 jeunes qui avaient entre 18 et 30 ans”. Un périple qui le marque à vie, et qui devient le premier d’une longue série.
La Mongolie comme une évidence
Après avoir parcouru en 2CV une partie du Maghreb et tous les pays d’Europe ou presque, “du Portugal à la Finlande”, Didier Magne rêvait d’un défi plus grand encore. Il précise : “ça faisait une quinzaine d’années qu’on avait envie de visiter un pays exotique, au fin fond de l’Asie. Au départ, on voulait aller en Chine, mais c’était trop difficile d’avoir des visas. Alors, on est parti jusqu’à Oulan-Bator dans le désert de Gobi, pas très loin de Pékin. »
La Mongolie abrite peu de villes, puisque près de la moitié de ses 3,3 millions d’habitants sont des nomades. Alors, nos Montalbanais ont vécu comme les locaux. “On a fait 65 jours de bivouac ! Au total, on a roulé 22 000 kilomètres aller-retour, dont 6 000 de pistes, donc en tout-terrain… et on a passé 18 frontières !”, s’amuse t-il.
65 jours de bivouac, 22 000 kilomètres parcourus
Et même les quelques problèmes techniques qu’ont connus les voyageurs n’ont su entamer leur bonne humeur. “Des galères, on en a eu, forcément, confirme Didier. On a fait changer des cylindres, des pistons, des culasses dans le désert. On a soudé un châssis dans un petit village, on a changé les suspensions, les amortisseurs. On avait pris des pièces qui nous ont servi, et puis on arrive toujours à se débrouiller ! On est revenus avec les tuyaux d’échappement qui tenaient avec des boîtes de conserve, des fils de fer, mais ça a marché ! Ce sont des choses impossibles à faire avec des voitures modernes. »
“La police russe nous a arrêtés pour prendre des photos des 2CV !“
Pour Didier Magne, c’était certes une aventure de 2CV, mais aussi et surtout une aventure humaine, riche en partage. “Les Mongols que nous avons rencontrés étaient tous des nomades. Ils vivaient dans des yourtes, et étaient éleveurs pour la plupart. Ils n’avaient quasiment rien, et pourtant quand on les rencontrait, ils nous offraient un verre de lait de jument ou de yak. Il y a une telle sympathie pour la 2CV, les gens faisaient des yeux tout ronds quand ils nous voyaient arriver avec nos voitures”. Mais l’accueil qui a le plus étonné Didier, c’est sûrement celui qu’il a reçu en Russie. « Avant qu’on parte, on nous disait : ‘mais vous êtes fous, vous n’allez pas là-bas, il y a la guerre ! En fait, on n’en a vu aucune trace de la guerre. Même lorsqu’on est passé en Géorgie ou en Tchétchénie, proche de zones de conflits, on n’a vu aucun véhicule militaire. Et surtout, on a été reçus comme des frères. Les Russes, quand on leur disait qu’on était français, ils nous prenaient dans leurs bras, ils nous tapaient dans le dos, et ils nous offraient des bouteilles de vodka ou des chocolats. Le plus drôle, c’était la police : on s’est fait arrêter des dizaines de fois pour faire des photos avec les 2CV ! Ça devenait presque contraignant à force, on se faisait interpeller dix fois par jour pour prendre des photos ! »
Après ce périple, Didier Magne songe à faire une petite pause des longs voyages, même s’il repart déjà en Andalousie au printemps prochain avec ses amis. Mais un nouveau projet commence à germer, pour les deux ou trois prochaines années : visiter toute l’Amérique latine, du Mexique à Ushuaïa en passant par la cordillère des Andes. « Et ça, en 2CV ! » Évidemment.
Écrit et édité par Théo BOISSONNEAU
