Deux étudiants sur trois déjeunent au restaurant universitaire, selon la chercheuse Alice Bellicha. Créés il y a 80 ans pour lutter contre la précarité étudiante et aider les 18-24 ans à se nourrir à moindre coût, les restaurants du Crous restent pourtant inégalement répartis sur le territoire.

restaurants universitaires depuis 2020. Photo Lucie Meignan
D’après Alice Bellicha, chercheuse sur l’alimentation des jeunes adultes, le Crous est une alternative pour deux tiers des étudiants. Elle remarque : « Il offre des repas à un euro, avec une bonne qualité nutritionnelle.»
La réponse de l’État face à la précarité alimentaire étudiante repose en grande partie sur le réseau du Centre régional des œuvres universitaires et scolaires (Crous), notamment à travers les restaurants universitaires. Néanmoins, dans certaines villes, comme Cannes, il n’existe que des cafétérias qui proposent des sandwiches et toutes sortes de produits classés dans la catégorie de la “malbouffe”.
« Je n’ai pas le temps de cuisiner, alors je choisis la facilité »
Faute d’argent, de temps et de savoir-faire culinaires, de nombreux étudiants réduisent la qualité de leur alimentation et sautent des repas. Dans ce contexte, la priorité est simplement de trouver de quoi manger à un prix raisonnable. « Le midi, c’est Pasta Box ou sandwich du Crous. Je n’ai pas le temps de cuisiner, alors je choisis la facilité », livre Julia Garibian, étudiante en troisième année de communication à Cannes.
La manageuse de la cafétéria Crous du campus, Cécile Makhlouf, est aux premières loges de la mauvaise alimentation des étudiants : « Aujourd’hui, j’ai vendu 50 paninis et 21 Pasta Box, contre à peine une dizaine de salades. Ce ne sont pas de vrais repas et cela reste de la malbouffe ».
Selon la diététicienne Sarah José, la malbouffe englobe « les plats ultra-transformés, la restauration rapide, les fast-food et le saut de repas. Les étudiants consomment de la malbouffe, parce qu’il n’y a pas besoin d’une fourchette, d’un tupperware… Mais, à force de vouloir du trop simple rapide, vous y perdez votre santé ! »

« Je mange mal, je n’ai pas d’énergie »
« Chez les jeunes, la situation empire: le taux d’obésité augmente », observe Alice Bellicha, chercheuse en épidémiologie et en statistique. Les conséquences d’une mauvaise alimentation sont directes : surpoids, hypertension et fatigue. Julia Garibian témoigne : « Je mange mal et je n’ai pas d’énergie. Ma mauvaise alimentation provoque des boutons et de la fatigue. »
Selon la diététicienne, « la malbouffe affecte aussi la santé mentale. Je vois de plus en plus de jeunes déprimés et anxieux. » Elle ajoute : « Nous devons veiller sur nos jeunes. L’éducation alimentaire est la clé pour apprendre aux étudiants à prendre soin d’eux. »
Les alternatives à la malbouffe
« Se faire ses repas avec les restes du soir est une bonne solution, pour les étudiants qui n’ont pas accès aux restaurants universitaires », conseille Sarah José. Certains étudiants se libèrent du temps pour cuisiner leurs repas. Charlotte Bonetto, étudiante de 21 ans en scénario et narration à Cannes s’adonne au “batch-cooking” : « Je prépare le dimanche mes repas pour la semaine. J’ai réussi à trouver des recettes complètes sur Instagram, avec toutes les instructions. »
Les réseaux sociaux sont des sources d’inspiration de recettes pour les jeunes. Bastien Horisberger est coach nutrition et influenceur. Suivi par près de 350 000 personnes, il partage ses idées pour aider les gens à mieux manger : « Je me sers des réseaux sociaux pour rendre la cuisine plus accessible en partageant de courtes vidéos.»
Ses recettes sont réfléchies, pour s’adapter au mode de vie des étudiants. L’influenceur privilégie des ingrédients simples : œufs, poulet, pommes de terre, riz, légumes de saison et yaourt. « Ce sont des produits sains et relativement accessibles », justifie-t-il. « Mes recettes constituent une bonne alternative à la malbouffe, tout en se faisant plaisir. »
Héloïse LEGROS
édité par Lucie MEIGNAN
