La nouvelle série scandinave Guts, présentée le 24 avril 2026 au festival Canneseries, nous plonge au cœur des enjeux complexes du sport individuel au sein d’une équipe nationale. Une réalité souvent dissimulée, qui se dévoile enfin de l’intérieur aux yeux du grand public. La série a reçu le prix de la meilleure interprétation lors de la cérémonie de clôture.

Si l’on pensait tout connaître de la réalité du sport de haut niveau, il semblerait que l’on se soit trompés : il reste des zones d’ombre encore peu abordées. C’est ce qu’essaye de corriger Guts, le nouveau thriller de la scénariste Jemina Jokisalo, qui nous plonge au cœur de l’équipe nationale finlandaise de ski de fond.
Dans la série, nous faisons la rencontre de Maria, qui domine la discipline, faisant inévitablement de l’ombre à ses coéquipières. L’une d’elles, Anna, 32 ans, refuse de se contenter plus longtemps du milieu de classement : elle veut concurrencer sa rivale et devenir championne du monde. Elle est la seule à croire réellement en ce rêve. Mais pour parvenir à ses fins, Anna va devoir faire de nombreux sacrifices, au risque de tout perdre. Une rivalité féroce s’installe, rythmée par des coups dans le dos.
En toile de fond, la série met en lumière la santé mentale et la compétitivité entre des athlètes d’une même nation, un sujet rarement traité à l’écran. « J’ai eu l’idée de la série en 2019, confie la réalisatrice finlandaise. J’ai vu une pièce de théâtre sur une célèbre skieuse finlandaise, puis j’ai lu son autobiographie. J’ai compris que le monde dans lequel vivent les skieuses d’élite est fou et extrêmement dur. Comme aucune série télévisée n’avait vraiment exploré ce sujet, j’ai décidé d’en créer une. »
Un sport qui, de façade, paraît très sain. Mais derrière cette image lisse, la scénariste nous dévoile une tout autre réalité : « C’est une vie vraiment difficile que doivent mener ces athlètes. Elles doivent faire un choix conscient. Tenter d’atteindre le sommet mondial est extrêmement rude. C’est très compétitif, très exigeant. Elles doivent sacrifier toute leur vie. »
Sélectionnée en compétition, la série a été projetée en avant-première vendredi matin dans le Grand Auditorium Louis Lumière du Palais des Festivals de Cannes. Avant la séance, la curiosité et l’enthousiasme de découvrir de la série s’est emparé de la file d’attente. : « Le sujet m’a semblé intéressant, alors je me suis dit : ‘Pourquoi pas ?’ « , commente une spectatrice. On voit bien que le sport porte des valeurs qui sont sources de questions. On va au-delà de l’esprit sportif parfois comme avec le dopage, qui nous éloigne de l’esprit de Coubertin”.
“ Écrire de manière crédible sur cet univers “
Pour écrire cette fiction, la scénariste Jemina Jokisalo s’est inspirée de la réalité de ce sport : « j’ai dû faire beaucoup de recherches et apprendre énormément de choses sur le ski de fond. Des choses que je ne connaissais pas. » En complément des ces recherches, la scénariste a interviewés de nombreuses skieuses. “ Ce sont des femmes fortes et très déterminées, analyse Jemina Jokisalo, qui précise que l’objectif était de mieux les comprendre afin de mieux les retranscrire dans la série.
Cela m’a parlé. Moi aussi, je suis quelqu’un de déterminé et de travailleur. J’ai donc pu m’y identifier en partie.” Au fur et à mesure de ses investigations, la scénariste a commencé à assimiler la réalité de ce milieu. “Quand je suis allée dans les camps d’entraînement, par exemple, j’ai pu voir leur quotidien du matin au soir, ce qui m’a permis d’écrire de manière crédible sur cet univers ”, affirme Jemina Jokisalo.
Deux ans d’entraînement pour les actrices
La véritable prouesse de cette série réside en la capacité des actrices à incarner leurs personnages. Pour aller au-delà d’une simple interprétation, les principales protagonistes ont dû s’initier au ski de fond. L’objectif : se confondre avec de véritables athlètes aux yeux des spectateurs. “Elles se sont entraînées pendant deux ans avant le début du tournage avec un coach de ski professionnel ”, explique Jemina Jokisalo.
Bien que la série mette en scène des personnages fictifs, les spectateurs ont rapidement fait le rapprochement avec l’actualité récente dans le monde du ski. « C’est ce qu’on a vu cette année avec l’équipe de France de biathlon, puisqu’il y a eu des histoires presque dignes d’un roman policier, avec des accusations portées contre certaines athlètes », souligne l’un d’eux. En effet, la biathlète tricolore Julia Simon avait été condamnée pour vol et fraude à la carte bancaire au sein même du groupe France. La série rappelle donc des affaires entre athlètes où les coulisses sont encore aujourd’hui taboues et cachées.
« Je voulais vraiment aborder le fait que, dans la vie, il faut savoir ce qu’on veut. Mais il faut aussi avoir conscience que cela a toujours un prix. C’est le thème central de la série », explique la scénariste.
Canneseries, un « label de qualité »
Forte de son succès à la télévision nationale finlandaise, la série concourt désormais pour le titre à Canneseries. Une belle vitrine pour cette production qui n’a pas encore de diffuseur en France : « Je pense que Canneseries agit vraiment comme un label de qualité, c’est la preuve que la série possède une envergure internationale. C’est une excellente chose pour nous. Ils reçoivent tellement de candidatures que c’est incroyable d’être sélectionné. »
La série a semble-t-il déjà conquis le jury cannois, puisque Guts repart avec le prix de la meilleure interprétation, attribué à l’issue du festival. Jemina Jokisalo, qui rêve de travailler un jour avec l’actrice Kate Winslet, espère désormais séduire la scène internationale pour s’assurer une suite : « Si je peux faire une deuxième saison, ce serait merveilleux. Les audiences ont été très bonnes en Finlande, il y a donc de fortes chances que cela se concrétise, même si ce n’est pas encore confirmé. »
Louis BEASSE & Mathis THOMAS
