Canneseries 2026 : L’affaire Rybolovlev–Bouvier, un scandale du marché de l’art porté à l’écran

Présentée durant la 9e édition de Canneseries, la courte série documentaire de trois épisodes, The Oligarch And The Art Dealer, retrace le différend entre Dmitri Rybolovlev et Yves Bouvier autour de transactions d’œuvres d’art contestées, ayant donné lieu à plusieurs procédures judiciaires entre 2015 et 2023.

Bande annonce CANNESERIES / TGAS Aps / The Oligarch And The Art Dealer

En compétition dans la catégorie des séries documentaires, The Oligarch And the art dealer (L’oligarque et le marchant d’art), a fait sa première internationale à Canneseries ce vendredi 24 avril. Le récit retrace le long scandale opposant le milliardaire russe et président de l’AS Monaco, Dmitri Rybolovlev à l’homme d’affaires et marchant d’art suisse, Yves Bouvier, entouré de nombreux scandales judiciaires.

Les deux hommes ont collaboré de longues années, à partir de 2003, pour l’achat d’œuvres d’art, mais Dmitri Rybolovlev a fini par accuser son partenaire de l’avoir escroqué d’un milliard de dollars lors de ces ventes.

Crédit photos : CC by-SA

Le documentaire adopte les codes du thriller pour retracer cette bataille complexe, donnant la parole aux différents protagonistes : Yves Bouvier lui-même, mais aussi Tetiana Bersheda et Mikhaïl Sazonov, respectivement avocate et ancien bras droit de Dmitri Rybolovlev. L’oligarque russe apparait peu dans les médias.

Diffusée prochainement sur Arte, la série s’appuie sur une enquête approfondie du média Heidi.news, offrant une plongée dans les coulisses opaques du marché de l’art. Elle met en lumière ses zones grises, ses pratiques confidentielles et l’absence de régulation stricte qui peuvent favoriser les abus.

Une arnaque sur le long terme

Pendant leur dizaine d’années de collaboration, Yves Bouvier et Dmitri Rybolovlev auraient passé un accord engageant le marchant d’art à acheter des œuvres pour l’oligarque russe en prenant une commission de 2% sur chacune d’elles. Cependant, l’homme d’affaires suisse aurait menti sur les prix d’achats des pièces, afin de prendre pour son compte le surplus payé par Dmitri Rybolovlev.

Les deux hommes ont coopéré sur l’achat de 38 œuvres. Par exemple, pour le Nu couché au coussin bleu d’Amedeo Modigliani, peint en 1916, Yves Bouvier a fait payer 118 millions de dollars à l’oligarque russe alors qu’il l’avait acheté seulement 96 millions. Pour le Salvator Mundi, datant du XVIe siècle et dont la création a été attribuée à Léonard De Vinci, le suisse a déboursé 80 millions, mais l’a fait payer 127,5 millions.

Un enchainement d’œuvres vendues plus chères que leur prix d’achat, qui a permis à Yves Bouvier de se construire sa fortune sur le dos de Dmitri Rybolovlev. « C’est le business« , se justifie l’homme d’affaires dans le documentaire.

Une affaire encore pleine de mystères

De février 2015 à novembre 2023, cette affaire a donné lieu à une série de procédures judiciaires, transformant ce différend commercial en véritable saga judiciaire internationale. Le feuilleton a connu un tournant notable avec l’acquittement de Sotheby’s, une multinationale américaine de vente aux enchères d’œuvres d’art et d’objets de collection, accusée d’avoir facilité certaines transactions litigieuses.

Mais l’ensemble des accusations visant la maison de ventes ont été abandonnées. Dmitri Rybolovlev, de son côté, a réagi par la voix de ses avocats en appelant à des réformes du marché de l’art, jugé insuffisamment encadré.

Yves Bouvier et son ancien client ont, eux, conclu fin 2023 un accord dont les termes restent confidentiels. Fait notable, le marchand d’art n’a jamais été condamné dans aucune juridiction. Une conclusion en demi-teinte qui entretient le mystère autour de cette affaire hors norme, désormais portée à l’écran comme un récit.

Ambre Coutel

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