Résidences universitaires à Cannes : quand le quotidien des étudiants révèle des failles

Fuites, coupures d’électricité, problèmes de sécurité et insalubrité… A Cannes, des étudiants témoignent de leur quotidien dans les résidences universitaires. Malgré les efforts du Crous, beaucoup dénoncent une réactivité insuffisante face à ces incidents.

Yasmin Zen Nuhi doit allumer la lumière de sa hotte pour s’éclairer lorsqu’elle cuisine. Photo Emna Haouli

Yasmine Zen Nuhi, 20 ans est étudiante en deuxième année de BUT Techniques de Commercialisation à Cannes. Elle se souvient d’un incident qui aurait pu tourner au drame. Depuis plusieurs mois, à la résidence Nouvelle Vague, une fuite d’eau s’était infiltrée dans le spot lumineux de sa cuisine. « Il y avait de l’eau dans ma lumière. J’ai eu vraiment peur car ça aurait pu être dangereux », explique-t-elle. Craignant un court-circuit, Yasmine a préféré couper l’électricité la nuit et se contenter de la petite lumière de la hotte pour cuisiner.

Pour Lynda Coutin, étudiante en première année de BUT Information-Communication, un incident similaire a eu des conséquences plus importantes. « Mon luminaire était rempli d’eau, ça a provoqué un court-circuit et l’électricité de tout mon appartement a sauté », raconte-t-elle. L’eau s’est ensuite propagée jusqu’à l’entrée, provoquant des infiltrations dans plusieurs parties du logement.

À cela s’ajoute un autre casse-tête quotidien : le réseau Internet de la résidence est instable. L’étudiante explique que parfois, pour envoyer un devoir important ou joindre sa famille, elle est obligée de sortir du bâtiment pour capter le signal. « Ça rend les choses beaucoup plus compliquées, surtout quand on travaille tard le soir ou qu’on doit rendre un projet à la dernière minute. On se sent coupés du monde, et ce n’est vraiment pas pratique », ajoute-t-elle, expliquant que ce petit désagrément accentue le stress déjà causé par les problèmes techniques dans le logement.

D’autres étudiants évoquent des problèmes récurrents liés aux équipements collectifs. Madison Blaevoet, 21 ans, résidente de la même structure, parle de coupures d’eau chaude régulières et de pannes fréquentes de l’ascenseur. « Ces problèmes arrivent environ tous les deux mois. Ce n’est pas dramatique, mais sur la durée ça fatigue », souligne-t-elle.

Au-delà des questions techniques, la sécurité constitue une autre source d’inquiétude. Madison rapporte des incidents impliquant des intrusions et des dégradations. « Ils s’amusaient a insulter quiconque se trouvait à sa fenêtre. Certains ont même cassé le portail pour entrer afin de voler des vélos. » Si ces situations restent ponctuelles, elles contribuent à un sentiment d’insécurité pour certains résidents.

Lynda Coutin et d’autres résidentes peuvent enfin utiliser l’ascenseur après trois jours de panne. Photo Emna Haouli

« Une simple miette suffit pour provoquer une colonie de fourmis »

Les problèmes d’insectes sont également mentionnés. Madison précise que beaucoup de résidents rencontrent ce type d’invasion: « Une simple miette suffit pour provoquer une colonie de fourmis dans l’appartement. Les traitements fonctionnent temporairement, mais elles reviennent. » Ce phénomène, bien que récurrent, semble être pris en charge par les habitants eux-mêmes, faute d’intervention systématique.

Toujours à Cannes, Sofia Boutahar, 20 ans, ancienne résidente des Clémentines, décrit quant à elle un logement en mauvais état à son arrivée, murs tachés, fissures, sol sale… « Je n’avais jamais vu ça de ma vie. J’ai dû réparer et nettoyer moi-même avant de pouvoir m’installer correctement. » Elle évoque aussi un manque d’équipements collectifs, avec « une seule machine à laver pour toute la résidence », source d’attente et d’organisation complexe au quotidien.

Des démarches engagées mais des solutions jugées incomplètes

Face à ces difficultés, la plupart des étudiants expliquent avoir signalé les problèmes via les canaux prévus par le Crous. Toutefois, plusieurs témoignages évoquent des délais d’intervention ou des réparations partielles. Dans le cas de Yasmine, l’intervention technique a consisté à neutraliser le luminaire sans résoudre la fuite d’origine : « Le problème est toujours là, mais on a simplement supprimé la lumière. »

Cette gestion perçue comme provisoire conduit certains à mettre en place leurs propres solutions. Lynda explique qu’après une première intervention technique, le luminaire a été retiré et la fuite partiellement colmatée, sans être totalement réparée. Face à la persistance du problème, l’étudiante a finalement été relogée dans un autre appartement. Si celui-ci est « globalement en bon état », elle y constate encore des dysfonctionnements, notamment l’absence de chauffage et de sèche-serviettes. « Pour l’instant, j’utilise un chauffage d’appoint, ce qui n’est pas idéal, surtout en hiver », précise-t-elle.

L’instabilité du réseau Internet, mentionnée par plusieurs résidents, oblige parfois à quitter le logement pour envoyer un devoir ou participer à un travail en ligne. Ces expériences individuelles s’inscrivent dans un contexte national plus large. Selon une enquête de la Fédération des associations générales étudiantes (FAGE), un étudiant sur trois en France serait confronté à une situation de mal-logement.

L’Observatoire national de la vie étudiante (OVE) indique que 19 % des résidents universitaires rencontrent des problèmes d’insalubrité, tandis que 56 % évoquent un manque d’espace dans leur logement. Dans les zones touristiques comme la Côte d’Azur, la pression immobilière accentue ces difficultés. Le parc de logements étudiants reste limité face à la demande croissante, ce qui réduit les possibilités de relogement rapide ou de travaux lourds.

« Les comportements dangereux relèvent des forces de l’ordre »

Face à ces critiques, le Crous Nice-Toulon, par la voix de Thibault Trinitoufate, son chargé de communication, défend les dispositifs mis en place pour répondre aux incidents du quotidien. Il rappelle que les étudiants peuvent signaler tout problème technique (électricité, plomberie ou serrurerie) via la plateforme Dépancrous, accessible grâce à un QR code affiché à l’entrée des résidences. « L’intervention est généralement effectuée dans les 48 heures lorsque le service peut agir en interne », précise-t-il.

Il reconnaît toutefois que certains délais peuvent s’allonger, notamment lorsque des entreprises extérieures doivent intervenir ou durant les périodes de vacances universitaires. « Nous gérons un peu plus de 5 200 places en résidences universitaires dans l’académie. Comme dans un immeuble privé, il est normal d’avoir régulièrement des demandes liées à l’entretien ou aux équipements », souligne-t-il.

Concernant les questions de sécurité, le Crous insiste sur le cadre de responsabilité. « Les infractions ou comportements dangereux relèvent des forces de l’ordre, nous ne pouvons pas intervenir directement sur ces situations. » Il précise par ailleurs ne pas avoir eu connaissance de problèmes de sécurité signalés récemment au sein de la résidence Nouvelle Vague.

Sur les incidents techniques évoqués par certains étudiants, notamment les fuites d’eau dans les luminaires ayant entraîné des coupures d’électricité, le Crous affirme « ne pas avoir été informé » de situations de ce type ayant provoqué un disjonctement complet d’appartement dans cette résidence.

Plus largement, l’établissement met en avant les efforts engagés ces dernières années pour moderniser son parc immobilier. De nouvelles structures ont été livrées, comme la résidence Nouvelle Vague inaugurée en 2022, tandis que d’autres sites plus anciens font l’objet de rénovations progressives. Le Crous insiste également sur l’évolution des standards de logement étudiant : « Il y a plusieurs décennies, les chambres ne disposaient pas de salle de bain individuelle. Aujourd’hui, chaque logement comprend au minimum une cabine de douche et des sanitaires. »

Il finit par mentionner que les améliorations restent néanmoins conditionnées par des contraintes structurelles importantes, notamment les financements publics et la disponibilité du foncier. Entre amélioration progressive des infrastructures et difficultés persistantes rapportées par certains résidents, ces éléments mettent en lumière un décalage entre les dispositifs institutionnels et l’expérience des résidents.

Emna HAOULI
édité par Armance POMARES

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