La santé mentale est de nouveau désignée Grande cause nationale en 2026. À Nice, la psychiatrie est sous tension, marquée par une pénurie de professionnels, de longs délais d’attente et des patients désespérés.

« Les délais d’attente pour contacter un psychiatre et un psychologue sont interminables. Les patients se retrouvent livrés à eux-mêmes », déplore Christine Villelongue, bénévole d’écoute de France Dépression du Var. Dans les Alpes-Maritimes, obtenir un rendez-vous avec un psychiatre relève du défi. Alors même que la santé mentale est de nouveau érigée comme Grande cause nationale de 2026. L’accès aux soins psychiatriques reste toutefois de plus en plus complexe.
Des patients livrés à eux-mêmes
Julien Renard, en errance médicale, en a fait l’expérience : « Suite à un arrêt maladie de mon psychiatre, j’ai appelé des dizaines de cabinets, sans succès », témoigne-t-il. Faute de solution, il a dû user d’un stratagème : « J’ai été obligé de passer par l’intermédiaire d’une connaissance et de me faire passer pour un membre de la famille pour obtenir un premier rendez-vous. » Un constat partagé par de nombreux patients. À Nice, les délais d’attente peuvent atteindre plusieurs mois, y compris pour des personnes en souffrance. Pour la pédopsychiatrie, les délais peuvent atteindre plusieurs années.
Les associations d’écoute constatent elles aussi la gravité de la situation. « Nous ne parvenons même pas à répondre à tous les appels tellement il y en a », témoigne Christine Villelongue. Les délais d’attente sont souvent incompatibles avec l’urgence de la détresse mentale. « Certains patients sont confrontés à des délais d’attente très longs, pendant lesquels ils se retrouvent totalement livrés à eux-mêmes en errance totale », alerte-t-elle.
Faute d’accès rapide aux soins, les patients consultent tardivement, lorsque la situation est déjà très dégradée. « Les prises en charge deviennent alors plus longues et plus complexes, là où une intervention précoce aurait pu suffire », explique Robin Juan, psychiatre à Nice.
« C’est la catastrophe en psychiatrie »
« Le nombre de demandes augmente sans cesse, alors que le nombre de psychiatres est en diminution, et la situation est encore plus dramatique en pédopsychiatrie », affirme-t-il. « C’est la catastrophe en psychiatrie. » La réduction du nombre de lits d’hospitalisation aggrave encore la situation. Les patients sortent plus rapidement de l’hôpital, sans toujours bénéficier d’un suivi adapté, ce qui alourdit la charge des consultations et allonge les délais de suivi. Au CHU de Nice, plusieurs postes restent vacants. « Il manque du personnel. Le manque de médecins ne nous permet pas de travailler dans de bonnes conditions, et les listes d’attente s’allongent », témoigne Nadia Tomis, infirmière en hôpital psychiatrique.
Pour le psychiatre Robin Juan, le constat est sans appel : « Si l’année 2026 est de nouveau l’année dédiée à la santé mentale, c’est parce que rien n’a été fait. Honnêtement il n’y a eu que des problèmes cette année, comme la pénurie de nombreux traitements ».
Jade GIRARD & Emna HAOULI
édité par Lorine DELIN
