La Chapellerie Sire, à Pamiers (Ariège), est la plus grande chapellerie de France. Un savoir-faire précieux qui se transmet depuis cinq générations.

À Pamiers, la Chapellerie Sire ouvre ses portes sur plus d’un siècle d’histoire. À l’intérieur, les odeurs de cuir et de bois enveloppent la pièce. La lumière se faufile à travers la grande vitrine et éclaire les centaines de chapeaux soigneusement rangés : bérets, canotiers, casquettes… La quiétude du lieu est seulement troublée par la voix douce de la gérante et par le tintement clair de la clochette, lorsqu’un client franchit le pas de la porte. Jacqueline Balança-Sire, 62 ans, est la cinquième génération à donner vie à cette institution.
« Je ne suis pas née dans une rose, mais dans un chapeau. »
« La maison a été fondée à Mazères, en 1870, par le grand-oncle de ma grand-mère. Il avait une petite usine de fabrication de casquettes et son fils a pris la suite. Comme il n’avait pas d’enfant, c’est sa nièce, ma grand-mère, qui a repris l’affaire », explique-t-elle. « Elle partait vendre les chapeaux en calèche. Mes parents ont continué, ils faisaient le marché tous les samedis à Pamiers. Ils avaient une énorme clientèle, ils ont alors fermé Mazères et ouvert cette chapellerie. » Aujourd’hui, elle se considère comme la dépositaire d’une tradition. « Je connais la fabrication d’un chapeau. Je sais le transformer, l’adapter et le garnir, notamment pour les mariages. J’achète des formes brutes, des cônes, puis je les travaille dans l’atelier. Comme le dit ma mère, je ne suis pas née dans une rose, mais dans un chapeau. »
Nicole Pouytes est employée à la chapellerie depuis 2008. Sous ses doigts délicats, le feutre doux se plie et se façonne. « Je trace les ronds pour les doublures des bérets et je les couds entièrement à la main. » Elle se souvient de son arrivée en plein Noël : « Je n’y connaissais rien. J’avais peur de ne jamais y arriver car c’est un métier très dur. J’ai appris sur le tas, entre de bonnes mains », se félicite-t-elle. Chaque geste, lent et précis, fait vivre l’artisanat au cœur de la cité appaméenne.
« Je revois mon grand-père coudre sur le plan de travail. »
Maxime Balança, le fils de Jacqueline, aujourd’hui âgé de 28 ans, se souvient : « Je revois mon grand-père coudre sur le plan de travail. C’était le lieu privilégié, où je pouvais voir mes grands-parents quand je voulais. Après l’école, je partais les voir sur mon petit vélo. » Pendant le Covid, il a participé aux travaux du magasin avec son père, tous deux issus du bâtiment. « Le magasin a gagné près de 40 mètres carrés », précise-t-il. Pour Josiane Miquel, commerçante dans la boutique de sacs en face, la chapellerie est un monument du centre-ville et de l’Ariège. « Mon père, décédé à 99 ans, a porté des bérets toute sa vie et ils venaient tous d’ici. »
« Mes enfants ne prendront pas la suite. »
Le sujet est délicat pour Jacqueline Balança-Sire. « Je ne peux pas imaginer que cela s’arrête un jour », confie-t-elle. « Ma fille est chercheuse aux États-Unis, mon fils est ébéniste. Mes enfants ne prendront pas la suite. » Pour Maxime Balança, la boutique est un symbole familial : « J’aime aller voir ma mère et partager ces moments avec elle, mais je suis de nature discrète : ce métier n’est pas fait pour moi. » Pour la mère, seule une personne passionnée peut travailler dans ces conditions : « C’est un métier très exigeant, je n’ai pas de vacances. En décembre, je suis présente à la boutique 30 jours sur 31. »
La Chapellerie vient de recevoir une distinction de la marque américaine Stetson, dont elle est l’un des plus anciens clients en France. « Il y a un siècle, nous faisions importer ces chapeaux de cow-boys des États-Unis », raconte Jacqueline. La boutique a aussi déposé la marque Béret Ariégeois, fabriquée dans les Pyrénées. « Le béret ariégeois est décliné en 18 coloris. Il a eu beaucoup de succès, notamment au Salon de l’agriculture, à Paris, et les ventes en ligne ne cessent de croître. » Malgré ce succès, dans moins de cinq ans et pour la première fois de son histoire, la chapellerie ne sera plus entre les mains de la famille Sire.
Charlène SABATIER
édité par Sacha LESSERE
