Lundi 23 février 2026, en pleine migration des grenouilles et crapauds, des bénévoles accompagnés par France nature environnement (FNE) Savoie se sont réunis dans le village de Marthod pour mettre en place des filets de protection le long des routes.

Le bruit des pioches et des bêches résonne dans ce village de Savoie aux alentours de 9 heures du matin. Une vingtaine d’habitants et de bénévoles creusent une tranchée sur les bas-côtés de la départementale 103. Gilets jaunes pour la sécurité, gants et bouteilles d’eau sont les accessoires indispensables pour que les habitants mènent ce projet à bien.
L’initiative est reconduite chaque printemps depuis trois ans. Face à la recrudescence du nombre de crapauds écrasés, les citoyens se sont mobilisés : « J’habite le village à côté et je vais courir le matin. Et quand j’arrivais là, il y avait des crapauds qui s’étaient éclatés sur la route et à force, je n’ai plus supporté. », raconte une quinquagénaire. Par la suite, elle va contacter l’association FNE Savoie, où Laetitia Léger va venir constater sur place le nombre important de crapauds écrasés par les automobilistes.

Un obstacle à la reproduction
La cause de ce piège mortel est la départementale 103 qui sépare le plan d’eau en contrebas d’Épignier et les versants de Marthod. Laetitia Léger explique : « En période de migration, les amphibiens sont cachés en forêt et ils rejoignent leur plan d’eau où ils vont se reproduire. Et de fait, ils traversent les routes et se font écraser à ce moment-là. Donc, l’idée, c’est de mettre des filets avant la route, aux endroits où ils traversent. » Elle continue : « Ils vont longer le filet pour essayer de trouver une sortie et vont tomber dans des seaux. Et après, nous avons des volontaires qui, chaque jour, chaque matin, viennent récupérer les amphibiens pour les faire traverser du côté du plan d’eau. » Les filets sont tenus par des tiges en métal, enfoncées dans le sol, à une distance régulière de deux à trois mètres.
Pour éviter que les batraciens passent sous le filet, ceux-ci sont enterrés. « C’est physique, surtout à notre âge ! » s’exclame une bénévole. « La difficulté de l’exercice est de monter les filets à temps, avant la migration. Nous sommes obligés de nous adapter à la météo. Généralement, c’est vers mi-février que la migration commence », indique Laetitia Léger. Elle précise que la localisation du site et l’altitude, entre autres, de la zone humide font varier les dates de migration.

« Des actions concrètes et réalistes »
Le déplacement annuel s’échelonne, sur une quinzaine de jours selon les conditions météorologiques (température et précipitations). Plusieurs bénévoles d’autres associations environnementales du secteur était présents sur ce chantier
Parmi eux, Olivier Sageat, président de la Société mycologique et botanique Albertville nature. Son engagement en faveur de l’environnement date de son enfance : « J’ai habité mes vingt premières années en Champagne près d’un marais où il y avait pas mal de grenouilles et de serpents. Ainsi, j’ai décidé de venir donner un coup de main pour sauver les petites grenouilles. »
Il reconnaît que « grenouille » est un abus de langage car sur le site sont présents essentiellement des crapauds. Il fait la distinction entre ces deux groupes. « Un crapaud, on le reconnaît à ses verrues sur la peau, avec des pupilles qui sont rectangulaires à l’horizontale, comme les chèvres. Alors que les grenouilles rousses ont des pupilles rondes. Ça saute, ça fait des bonds, alors que le crapaud a tendance à marcher. »
Ce qui intéresse Vincent Fauvel, habitant d’Albertville et bénévole de l’association « Je m’implique pour mon territoire, ce sont des actions concrètes et réalistes, faites à notre petite échelle pour permettre à la nature de survivre. Prendre conscience de la prédation que nos activités peuvent avoir sur la nature, de manière pratique et non théorique », raconte-t-il.
Bien que ces actions soient mises en place, le nombre de crapauds et plus globalement d’amphibiens diminue en France et dans le monde, avec comme principales causes la pollution et la diminution des habitats nécessaires aux différentes étapes de leur vie. En France, 23 % des espèces du territoire métropolitain, sur les trente-cinq espèces évaluées, sont menacées en 2026.
Timothé COURIVAUD
édité par Noa BARBOTTE
