En France, les déserts médicaux creusent les inégalités sociales

Dans de nombreux territoires français, l’accès aux soins reste difficile. Les déserts médicaux touchent villes et campagnes, accentuent les fragilités des populations et compliquent leur suivi.

Dans les déserts médicaux, l’attente pour accéder aux soins s’allonge et accentue les inégalités sociales. Illustration CC / freepic

D’après le ministère de la Santé, en 2024, près de 87 % du territoire est désormais considéré comme « fragile » en matière d’accès aux soins. Longtemps associée aux zones rurales, la désertification médicale concerne aujourd’hui une grande partie du territoire. En 2026, près de six millions de Français ne disposent pas de médecin traitant. Ce phénomène accentue les fragilités sociales des territoires touchés et dépasse le cadre médical.

Les déserts médicaux, amplificateurs de précarité

Les déserts médicaux creusent les inégalités d’accès aux soins. Sans médecin référent, le suivi des maladies chroniques devient irrégulier. À Marseille, le centre médical des Flamands accueille une majorité de patients immigrés, en difficulté administrative.

Souad Negadi, médiatrice du centre, explique : « Lorsque nous les appelons pour les rendez-vous, ils ne comprennent pas », constate-t-elle. « Le système de santé français est très compliqué, même pour les Français. Nous faisons le maximum pour qu’ils accèdent à leurs soins et qu’ils aient leur traitement. »

L’accès aux droits médicaux constitue une autre difficulté. « Faire toutes ces démarches est très compliqué pour eux », ajoute-t-elle. En 2025, Médecins du Monde a estimé que 9 personnes sur 10 éligibles à l’AME n’en bénéficient pas.

Dans les ruralités, consulter un spécialiste implique plusieurs dizaines de kilomètres de trajet. « Il faut que je fasse 22 km pour aller voir mon médecin », raconte Florent Versepuit, habitant de 36 ans de Marzy (Nièvre). « Je ne voulais pas aller chercher un autre médecin plus proche de chez moi par peur de ne pas trouver. »

Ces déplacements chronophages et onéreux peuvent constituer un frein à l’accès aux soins. « C’est ma fille qui doit me conduire à mes rendez-vous ou me réserver un taxi. C’est très cher et je n’ai pas les moyens », se plaint Jacques, retraité dans la Nièvre.

L’État a établi une cartographie des 151 intercommunalités les plus touchées, baptisées « zones rouges ». Ces territoires couvrent environ 2 à 2,5 millions d’habitants et s’étendent de la « diagonale du vide » (centre, sud-ouest, est de la France) jusqu’à l’outre-mer, notamment en Guyane et à Mayotte.

« Les campagnes sont sous-représentées. »

À l’inverse, les territoires socialement fragilisés attirent moins les professionnels de santé. La population y est souvent plus âgée et les besoins médicaux plus importants. Georges Eymery, médecin généraliste à Nevers, explique : « Les campagnes sont sous-représentées et certaines régions sont sous-équipées. Dans le sud de la France, il y a moins de manques. »

Dans la Nièvre, en 2024, l’Insee recense 106 médecins généralistes pour 100 000 habitants. La retraite devient alors un choix moral pour certains médecins. « Mon lieu de travail ne trouve personne pour me remplacer. Seule une infirmière me seconde depuis quelques semaines », déplore Georges Eymery.

Marion Joly, médecin généraliste dans le Puy-de-Dôme, raconte être « débordée. Nous avons beaucoup de demandes car nous traitons de nombreux patients des villes », souffle-t-elle.

Pour autant les grandes villes ne sont pas épargnées. D’après l’Insee, Marseille compte environ 1200 généralistes. Clarisse Leclerc, éducatrice spécialisée de l’association Imaje Santé, nuance : « Marseille est faite de plusieurs zones d’ultra-précarité, qui ne se limitent pas qu’aux quartiers nord mais aussi au centre-ville. »

Selon le gouvernement, environ 3 700 jeunes médecins généralistes (internes en 4ᵉ année) seront mobilisés à partir de 2026 pour renforcer l’accès aux soins.

Lorine DELIN, Amira FALHI & Jade GIRARD
édité par Tristan NOVIANT

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