À partir du 1ᵉʳ juillet 2026, les aides personnelles au logement (APL) seront gelées pour les étudiants extracommunautaires non boursiers. Une mesure appliquée lors de l’adoption, début février, du projet de loi de finances 2026. Un choix à l’impact économique grave pour des étudiants internationaux déjà en difficulté.

Plus de 300 000 étudiants internationaux se verront privés de leurs aides personnelles au logement (APL) à partir du 1ᵉʳ juillet. L’article 67 du projet de loi de finances 2026 prévoit le gel des APL pour les étudiants extracommunautaires non boursiers en France. Cela représente entre 100 et 250 euros d’aides financières mensuelles en moins pour vivre.
Un manque à gagner qui a des conséquences graves pour une catégorie d’étudiants déjà précaires. D’après l’Observatoire de la vie étudiante, en 2023, 41 % des étudiants étrangers déclaraient éprouver des difficultés financières telles qu’il leur était impossible de faire face à leurs besoins, contre 15 % des étudiants de nationalité française.
Pour Aida, étudiante algérienne en première année de licence de chimie à l’université Nice Côte d’Azur, cette loi a un impact direct sur son budget : « Je vis seule en France et loin de ma famille. Je dois gérer mon loyer, la nourriture, les transports et les fournitures universitaires. Mon budget est assez limité chaque mois. Il m’arrive d’avoir des difficultés à la fin du mois, surtout pour la nourriture ou certains achats pour l’université. »
Dans un amendement déposé par La France insoumise (LFI) à l’Assemblée nationale le 25 octobre 2025, il est indiqué qu’un étudiant étranger sur six déclare sauter régulièrement des repas pour des raisons financières.
Une mesure discriminatoire
Pour le syndicat l’Union étudiante, dans son rapport sur la précarité étudiante publié en janvier, la mesure s’inscrirait dans une gestion des aides sociales fondée sur la « préférence nationale ».
« La préférence nationale, consacrée par la loi ORE (2018) et ses décrets associés, entraîne une exclusion systématique des étudiant·es étranger·es des bourses sur critères sociaux, à l’exception de très rares bourses d’excellence », dénonce-t-il.
Dans un article du 5 décembre 2025, Public Sénat présente les futures économies que le gouvernement réaliserait grâce à cette mesure : « un gain budgétaire anticipé d’environ 100 millions d’euros en 2026 et 200 millions d’euros sur les exercices 2027 et 2028 ».
Outre les APL, les étudiants internationaux font déjà face à des discriminations économiques pour accéder à l’université. Théo Debroize, cofondateur de Study in France, une entreprise qui aide les étudiants internationaux venant étudier en France, dénonce la différenciation des droits d’inscription dans l’enseignement supérieur instaurée par le plan « Bienvenue en France » depuis 2019 : « Pour un étudiant français ou européen, c’est 178 euros d’inscription, alors qu’un étudiant extracommunautaire doit payer 2 895 euros ».
Des étudiants fragilisés
Les soucis financiers viennent impacter des étudiants déjà préoccupés. Lucas Trembley, étudiant canadien en licence de lettres, déplore que cette charge affecte ses études : « Je devrai trouver un travail étudiant pour compenser la perte d’argent. Le problème, c’est que travailler beaucoup à côté des études peut rendre les cours plus difficiles à suivre. Certains étudiants risquent de privilégier le travail pour payer leur loyer plutôt que leurs études ».
Même inquiétude pour Aida : « Elle représente surtout une source d’inquiétude. On dépend souvent beaucoup des aides. Donc quand il y a une réforme qui touche au budget ou aux aides, ça crée forcément du stress. » Outre les étudiants, pour Théo Debroize, cette mesure impacterait directement la France : « Cibler des aides qui bénéficiaient à des étudiants, c’est un choix qui ne sera pas sans conséquence sur l’attractivité de la France à l’étranger ».
Chloé DUFETEL & Lauriane GRIGNON
édité par Noa BARBOTTE
