Lancée en 2007 sous l’égide du diocèse de Paris, l’initiative Hiver Solidaire a pour objectif d’offrir aux personnes sans-abri un toit pour la nuit, un dîner chaud le soir et un petit déjeuner le matin.
Mireille Clément fait partie des 3400 bénévoles impliqués. Et même très impliquée, puisqu’elle est responsable du projet au sein de la paroisse Saint-Antoine des XV-XX (Paris 12e) depuis 2018. Rencontre.

Qu’est-ce qu’une soirée type à Hiver Solidaire ?
« Les personnes arrivent vers 19 h, s’installent et se douchent. Les bénévoles apportent le repas et ils dînent tous ensemble. Puis, selon leur fatigue, ils jouent aux cartes et vont dormir. Deux bénévoles restent la nuit, assurent le réveil, le petit déjeuner et la fermeture des locaux, utilisés le jour comme centre de loisirs. »
Qui accueillez-vous cette année à Saint-Antoine ?
« Nous hébergeons quatre hommes de 30, 33, 42 et 60 ans. L’accueil n’est pas mixte car tous dorment dans la même pièce et partagent les sanitaires. »
Comment choisissez-vous les accueillis ?
« Les accueillis sont repérés via des maraudes, par les bagageries et associations partenaires. La seule règle : ne pas rencontrer plus de personnes que de places disponibles et s’assurer que chaque personne peut vivre en communauté. »
Quelles difficultés avez-vous rencontré cette année ?
« Un accueilli n’est resté qu’une semaine. Il a été refusé pour problèmes d’alcool après plusieurs alertes, et sa place a été proposée à quelqu’un d’autre. »
Que se passe-t-il, après Hiver Solidaire, pour les personnes hébergées ?
« Les travailleurs sociaux, chargés de leur accompagnement, les enregistrent sur le Siao (Service intégré d’accueil et d’orientation), une plateforme d’hébergement en Ile de France pour les personnes à la rue. Il est possible de s’inscrire sans condition. Pas besoin de papiers français. Mais, il y a évidemment moins de places que de personnes à loger. A Paris, 200 personnes sont accueillies par Hiver Solidaire tous les ans et 100 trouvent un hébergement. Pour ceux qui ne trouvent rien à la fin de la saison des solutions sont mises en place. L’association les aide à trouver du travail, à faire leur demande de papiers ainsi qu’à toucher une retraite. »
Parvenez-vous à maintenir le lien avec les accueillis une fois la fin de l’hiver ?
« Oui, à la fin de l’hiver, un goûter réunit accueillis et bénévoles des années précédentes. »
Qu’est-ce qui pousse des personnes de générations très différentes à s’engager dans
Hiver Solidaire ?
« L’engagement est à la carte. Certaines personnes ont envie d’aider les autres mais ne sont pas disponibles pour s’engager toutes les semaines. Ici, l’organisation est souple. Chacun s’inscrit sur le planning en ligne selon ses disponibilités. Et à Paris, les gens sont interpellés par les personnes qui dorment dans la rue. Hiver Solidaire donne la possibilité de faire un petit quelque chose. Ça marche dans les deux sens. Les accueillis sont en sécurité et au chaud tous les soirs pendant l’hiver, et tissent des liens avec les bénévoles. Quant à eux, c’est l’occasion de partager avec des gens dans la misère. Ils sont contents de le faire et tout le monde est gagnant. »
Huit ans après vos débuts, quelles évolutions constatez-vous au sein de l’association ?
« Le comportement des bénévoles à changé. Au départ, ils pensaient pouvoir sauver les accueillis. Beaucoup ont été déçus de voir que tout ne se passait pas comme ça. Il est impossible de ne pas être cabossé par des années de rue et tout ne se règle pas en trois mois. Aujourd’hui les bénévoles sont davantage dans la rencontre et la création de liens. Contrairement à d’autres associations, Hiver Solidaire n’offre pas de prestations dans l’espoir de résultat, mais plutôt une hospitalité et une présence pour partager du temps et recréer un lien social avec des gens. »
Un moment à l’association vous a-t-il marqué depuis le début de la saison ?
« Oui. Le 24 décembre, nous avons préparé une belle table de Noël avec des bougies pour fêter le réveillon. Une bénévole a offert à chaque accueilli une tasse personnalisée avec son prénom. À la fin du repas, le plus jeune s’est levé pour dire un petit mot : ‘depuis 3 ans, je passe Noël tout seul à la rue. Ce soir, j’ai eu l’impression de passer un Noël en famille’. »
Ressentez-vous le sentiment de ne pas en faire assez ?
« Bien sûr, nous n’accueillons que quatre personnes sur toutes celles qui vivent dehors par -5 degrés. Mais il faut essayer de rester humble. À Paris, plus de 3 000 bénévoles sont engagés à Hiver Solidaire pour aider 250 personnes. Cela parait dingue mais c’est génial. Dans notre paroisse, quatre personnes arrivent à en mobiliser 75. »
Qu’est-ce que votre engagement vous a appris sur la précarité et la société ?
« Nous entendons souvent dire que les gens sont égoïstes mais je ne suis pas d’accord. Beaucoup sont généreux de leur temps pour offrir à ces personnes un hiver solidaire. »
Propos recueillis par Héloïse LEGROS
édité par Robin BELTRANO
