Le Nikon Film Festival, qui met en lumière depuis 2009 des « très court-métrages », présentait pour la première fois à Canneseries certaines de ses pépites ce jeudi 23 avril 2026. Les épisodes des mini-séries en compétition y étaient diffusés : une opportunité pour les participants de toucher un public plus large.

Connaissez-vous les « très courts-métrages » ? C’est la caractéristique commune des productions mises en lumière depuis 2009 par le Nikon Film Festival, qui était à l’honneur pour la première fois dans la programmation de cette neuvième édition de Canneseries. Dans une salle attentive, plusieurs épisodes de mini-séries en compétition ont été projetés ce jeudi 23 avril.
L’événement marque une étape dans le rapprochement entre formats courts et industrie des séries. Dès l’entrée dans la salle, l’effervescence était perceptible : une attente palpable autour de cette sélection présentée comme une passerelle entre création émergente et circuits professionnels.
Des mini-séries qui imposent un rythme soutenu
Les équipes des mini-séries sélectionnées ont fait découvrir leurs épisodes sur grand écran à un public composé de professionnels, de festivaliers et de curieux. L’une des réalisatrices, Sherazade Khalladi, se réjouit : « Nous avons été prévenus il y a seulement une dizaine de jours que nous venions à Cannes, c’est incroyable ! ».
Une annonce tardive qui n’a pas empêché les équipes de faire le déplacement, avec l’envie de défendre leurs projets. Les autres réalisateurs étaient également présents dans la salle, attentifs aux retours, échangeant ensuite avec les spectateurs à la sortie.
Au fil des projections, la diversité des propositions a marqué les esprits. De la tonalité comique à l’approche plus dramatique : chaque mini-série tentait d’imposer une identité en un temps très court. Les enchaînements rapides entre les épisodes imposent un rythme soutenu, renforçant l’attention du public et la nécessité, pour chaque projet, de capter immédiatement l’intérêt.
Du court-métrage à la mini-série : un festival qui change de format
Les épisodes diffusés, d’une durée de deux minutes vingt, illustrent la mue du Nikon Film Festival, historiquement centré sur le court-métrage. Ce format court, longtemps associé à des exercices isolés, évolue désormais vers des narrations fragmentées, pensées en plusieurs épisodes. Ces dernières années, le festival a fait évoluer son approche en intégrant des mini-séries.
Alexandre Dino, responsable du Nikon Film Festival, justifie ce virage : « La série, c’est un écosystème différent. C’est surtout un nouvel écosystème qui se développe énormément. Les gens veulent consommer de la série, les professionnels s’y dirigent. C’est un secteur qui a beaucoup d’ambition et beaucoup d’opportunités. »
Cette évolution répond aussi à une transformation des usages. Les plateformes de diffusion et les modes de consommation ont modifié la manière de raconter des histoires. Le format sériel permet de fidéliser un public, de construire une narration progressive, tout en restant compatible avec des durées courtes.
Le format retenu, six épisodes de deux minutes vingt, permet aussi, selon lui, de « remonter le projet » en un ensemble de quinze minutes, ouvrant la voie à d’autres débouchés. Cette modularité constitue un atout pour les créateurs, qui peuvent adapter leur projet selon les contextes de diffusion.
« Boucler la boucle » : projeter à Canneseries comme aboutissement
Cette présence à Canneseries s’inscrit, selon Alexandre Dino, dans une logique d’accompagnement des talents émergents. « Ça permet de boucler la boucle : on propose un espace libre pour s’exprimer, pour réaliser des films, des séries, les proposer en ligne, et pour quelqu’un qui vient de réaliser une série, de pouvoir la projeter à Canneseries, l’événement majeur de la série. »
L’idée d’un parcours complet, de la création à la diffusion dans un festival reconnu, revient régulièrement dans les échanges. Rencontrer des professionnels, croiser un public venu pour les séries représente à ses yeux, « l’achèvement ultime de tout ce processus ».
Dans les couloirs, après la projection, les discussions se prolongent autour de cartes de visite échangées, de projets évoqués à demi-mot, ou de retours plus informels sur les épisodes présentés. « On ne garantit rien, mais on ouvre des portes et cela peut créer de belles histoires », ajoute-t-il. Cette incertitude fait partie du fonctionnement du secteur, mais ces moments de visibilité constituent souvent un point de départ.
Deux minutes et vingt secondes pour convaincre
Parmi les cinéastes présents, Sherazade Khalladi revient sur les spécificités du format court. Elle souligne la difficulté de l’exercice : raconter une histoire en un temps aussi restreint impose des choix précis, tant sur le plan narratif que visuel. Chaque plan doit être pensé pour être immédiatement compréhensible, chaque dialogue doit aller à l’essentiel.
« La contrainte nous permet d’être beaucoup plus créatifs, d’aller droit au but. Deux minutes vingt pour un épisode d’une série, c’est compliqué »
Sherazade Khalladi, réalisatrice
Ce format impose également une rigueur dans la construction des épisodes : créer une accroche, développer une idée, puis donner envie de voir la suite, le tout en quelques minutes. Pour elle, la participation au Nikon Film Festival représente aussi une carte de visite.
« Ça permet à tous les acteurs du cinéma de voir qu’on peut me confier de l’argent, un plateau et des gens, des vrais gens pour tourner, et que je sais fabriquer », explique-t-elle. Au-delà de la diffusion, c’est donc une démonstration de compétences, à destination de potentiels partenaires.
Entre le Nikon Film Festival et Canneseries, que le début de l’histoire ?
La présence du Nikon Film Festival à Canneseries témoigne d’une reconnaissance croissante du format court dans les circuits institutionnels. En intégrant ce type de contenu à sa programmation, le festival cannois contribue à élargir les perspectives pour les jeunes créateurs et à renforcer les passerelles entre différents formats audiovisuels. Le tout, en continuant à diversifier une programmation déjà très éclectique.
Cette première participation pourrait donc s’inscrire dans la durée, à mesure que les formats courts continuent de gagner en visibilité et en légitimité au sein de l’industrie. Réponse l’an prochain sur la Croisette.
Samuel Cheiron-Gomez & Juliette Guibert
