Samedi 20 décembre, les agriculteurs se mobilisent à Clermont-Ferrand derrière Angélique Thallier, éleveuse locale et présidente départementale du Mouvement de défense des exploitants familiaux (Modef). Face à la précarité du secteur, ils manifestent contre l’accord du Mercosur et dénoncent l’abattage total des troupeaux lié à la dermatose nodulaire. Une mesure jugée disproportionnée pour les exploitations familiales.

Pourquoi est-ce que vous vous mobilisez aujourd’hui ?
« Nous nous mobilisons pour faire face à l’ensemble des contraintes liées à l’exercice de notre métier, le manque de rémunération, l’absence de considération, le mépris du gouvernement, les politiques de libre-échange… Aujourd’hui, la goutte d’eau qui fait déborder le vase est la décision d’imposer l’abattage total des troupeaux de vaches en contact avec la dermatose nodulaire. »
Pourquoi êtes-vous opposé à l’abattage total ?
« Premièrement, parce que mes vaches sont pour moi comme mes filles. Ensuite, car je considère que lorsqu’une maladie n’est pas transmissible à l’homme, ne se trouve ni dans la viande ni dans le lait, et a un taux de mortalité de moins de dix pour cent, il existe d’autres solutions que l’abattage. D’autant plus que cette maladie se transmet par les mouches et les taons, dont la présence est limitée en période hivernale. L’abattage total revient à détruire inutilement de la viande saine et consommable. Je pense sincèrement qu’il aurait été plus intelligent d’essayer d’autres solutions. »
Quelles alternatives proposez-vous ?
« Les vaches peuvent se transmettre entre elles la maladie par des plaies ouvertes et de la bave. Lorsque nous détectons une vache malade, nous pouvons l’isoler et attendre de voir comment son état et l’épidémie évoluent. Le gouvernement n’a pas souhaité expérimenter cette approche en désignant une exploitation malade comme ferme témoin. Nous plaidons également pour une vaccination préventive. Si une vache est contaminée, il existe un risque réel de propagation à grande échelle. »
Ce risque en vaut-il la peine ?
« À un certain moment, il faut accepter de vivre avec la pandémie et laisser les vaches faire leur immunité. Si une vache souffre et agonise, il est toutefois évident qu’il faut l’abattre. Mais je ne vois pas l’intérêt d’abattre des vaches saines et asymptomatiques. »
Craignez-vous une perte d’attractivité française à l’échelle européenne après une vaccination généralisée ?
« L’Italie, l’Espagne et la Suisse envisagent de revoir le délai d’attente imposé à l’export après vaccination. Il aurait été préférable d’anticiper ce problème d’attractivité avant l’extinction de la pandémie. L’agriculture a de toute façon été tellement délaissée qu’aujourd’hui il n’y a plus beaucoup d’ateliers d’engraissement français. Les vaches sont donc exportées vers l’étranger. »
Le gouvernement a prévu une compensation économique. Est-elle suffisante ?
« Non, car le montant de vente est souvent plus élevé. L’indemnisation ne prend pas non plus en compte la valeur économique de plusieurs générations de génétique et le travail de sélection et d’amélioration des lignées. Cette perte financière s’additionne à la précarité financière que nous sommes nombreux à connaître. Au-delà de l’aspect économique, pour certains, il y a l’attachement porté à nos animaux, non compensable. Plutôt que d’utiliser cet argent pour compenser des pertes liées à une mauvaise gestion de l’épidémie, le gouvernement devrait investir davantage dans l’achat de vaccins. »
L’agriculture française est-elle en danger selon vous ?
« Oui, surtout les modèles de petites fermes agricoles françaises. Le Mdef défend les fermes familiales, mais celles-ci ne sont plus soutenues au profit de grandes structures. Or, la souveraineté alimentaire passe par des fermes à taille humaine, fondées sur la polyculture-élevage, créatrices d’emplois et de lien local. Les accords commerciaux, comme le Mercosur, accentuent les inquiétudes face à l’augmentation des importations. »
Êtes-vous ainsi opposé au Mercosur ?
« Totalement. Ce qui nous dérange, c’est de servir de monnaie d’échange pour importer tout et n’importe quoi. Nous demandons à ce que l’agriculture ait un statut à part et sorte de l’Organisation mondiale du commerce. L’agriculture française a jusqu’à présent une bonne réputation, ils aiment mettre le logo français en avant, mais à côté de ça, ils la détruisent. C’est à n’y rien comprendre. Des savoir-faire vont disparaître, c’est dramatique. »
Qu’attendez-vous du gouvernement ?
« Pas grand-chose, car le gouvernement est indifférent et nous donne sans cesse des leçons de morale. Mais il est hors de question de baisser les bras. Tant que rien n’aura changé, le mouvement continuera. »
Propos recueillis par Jade GIRARD
édité par Arthur PACE
