Kristof Callewaert, une vie dans les profondeurs de l’océan

Installé depuis janvier 2001 sur l’île de Fuerteventura (Espagne), Kristof Callewaert est devenu, avec son école de plongée sous-marine, Punta Amanay, une véritable figure du paysage nautique des Canaries.

Kristof Callewaert, fondateur de l’école de plongée Punta Amanay, dans la piscine où il forme ses élèves à Corralejo. Photo : Sacha Lessere

C’est dans la nouvelle piscine flambant neuve de son centre de plongée que Kristof fait découvrir les bases et les apprentissages de sa pratique. « On a fait cette piscine pour pouvoir former correctement, sans pression, et toute l’année. »

Il jette un regard autour du bassin, comme pour mesurer le chemin parcouru. Cette nouvelle infrastructure est le fruit de nombreux efforts qui ont marqué sa carrière. Bien qu’il n’aime pas évoquer son succès, son centre a évolué avec l’île de manière naturelle. « Il y a eu un effet boule de neige. Tu embauches une personne, puis deux, tu achètes du matériel, un bateau… et tu continues pour amortir », explique-t-il, accoudé au bord de l’eau.

Des choix aujourd’hui récompensés puisque, en 2024, son école située à Corralejo décroche le prix « Playa de Oro ». Depuis dix ans, cette distinction récompense les personnes ayant apporté une contribution au secteur touristique de l’île. « C’était une véritable consécration, après toutes ces années de travail », confie-t-il, en esquissant un sourire discret.

« Un jour j’ai décidé de les rejoindre Et voilà où j’en suis. »

Originaire de Courtrai, ville industrielle située à l’ouest de la Belgique, rien ne destinait le quinquagénaire à construire sa vie sur l’île de Fuerteventura. Peu attiré par les études, il enchaîne les saisons comme réceptionniste, d’abord aux îles Baléares puis aux îles Canaries, avant de s’y installer définitivement en 2001.

Son attachement pour la plongée se déclenche lorsqu’il travaille à l’hôtel Riu, à Corralejo. « Je voyais tous les jours ces gens déambuler avec des masques et des bouteilles dans le hall de la réception, en direction de la piscine, puis un jour j’ai décidé de les rejoindre. Et voilà où j’en suis », dit-il en riant.

La plongée n’est cependant pas l’unique élément déclencheur de son immigration. « Je ne suis pas resté ici que pour le beau temps et les dunes de sable blanc, bien que ce soit déjà tentant. Ici, j’ai trouvé l’amour. » Il marque une courte pause avant d’évoquer sa femme, Paola, rencontrée sur l’île. « Ça fait vingt cinq ans qu’on est ensemble. C’est la femme de ma vie. »

L’intégration de Kristof Callewaert ne s’est pourtant pas faite sans adaptation. Il a fallu apprendre à fonctionner autrement. « Ici, on vit différemment. Ça ne veut pas dire qu’on travaille moins, mais on se stresse moins. »

Il évoque alors son expression préférée, « mañana, mañana », parfois associée à l’idée que les insulaires seraient procrastinateurs. « Ce qu’on ne fait pas aujourd’hui, on le fera demain. Mais ce n’est pas qu’ils ne veulent pas travailler, ils refusent surtout de se laisser mettre la pression dans l’instant », explique-til, en haussant légèrement les épaules.

Cette différence culturelle se retrouve aussi dans son parcours professionnel. Dès l’acquisition de son centre de plongée en 2002, Kristof s’associe avec Javier, un Canarien, mais de nombreux désaccords apparaissent rapidement. « Sur le plan humain, on n’arrivait pas à s’entendre. On ne voyait pas les choses de la même manière. Pour gérer une entreprise, c’est problématique », confie-t-il.

Une situation qui le pousse, en 2017, à racheter les parts de son associé afin de reprendre seul les rênes du centre. Aujourd’hui, cette diversité se retrouve également au sein de son équipe : Kristof Callewaert travaille avec des employés de plusieurs nationalités afin d’accueillir une clientèle internationale. « Travailler avec des gens venant de différents pays, ce n’est pas la chose la plus facile, mais pour le business, c’est idéal », explique-t-il.

Kristof Callewaert lors d’une plongée sous-marine à Fuerteventura. Photo fournie par Kristof Callewaert / DR

« Je suis peut-être trop perfectionniste, mais je ne veux pas faire les choses à moitié. »

Dans l’immédiat, nul doute ne peut remettre en question la pérennité de son travail. Pourtant, le chef d’entreprise s’interroge sur la continuité de son activité. Lucide, il observe une évolution profonde des attentes. « Les gens veulent toujours plus quand ils paient », constate-t-il.

Une exigence accrue qui oblige les structures à s’adapter, tout en faisant face à des coûts élevés. Matériel, bateaux, personnel qualifié, obligations administratives : l’équilibre devient fragile. « Pour offrir un service de qualité et sécurisé, il faut des moyens. Et je suis peut-être trop perfectionniste, mais je ne veux pas faire les choses à moitié », assume-t-il.

« Bien que le risque zéro n’existe pas, mon objectif, c’est qu’il n’arrive rien à mes clients », ajoute-t-il. À cette pression s’ajoute une évolution des pratiques touristiques. La plongée n’est plus l’activité centrale d’un séjour : elle devient une expérience parmi d’autres. Surf, kitesurf, excursions, sorties en bateau… « Avant, un client restait plusieurs jours, parfois une semaine entière. Aujourd’hui, il vient une fois, puis passe à autre chose », explique-t-il. Pour tenir le cap, il faut s’organiser, ajuster les plannings et garder la sécurité comme priorité.

Cette capacité d’adaptation concerne aussi l’environnement, un sujet qui le touche depuis longtemps. Fils d’un garde forestier, Kristof Callewaert a été sensibilisé très tôt à la protection de la nature. Aujourd’hui, cet héritage se traduit par un engagement concret autour de l’île de Los Lobos, l’îlot juste en face de Corralejo, devant lequel son club plonge régulièrement. « Los Lobos, c’est notre spot. Alors forcément, je me sens responsable. Si nous, les professionnels, on ne montre pas l’exemple, qui va le faire ? », explique-t-il.

À 50 ans, Kristof Callewaert avance avec une ligne claire : continuer de transmettre, protéger et rester fidèle à l’océan, sa « deuxième maison ».

Sacha LESSERE
édité par Tristan NOVIANT

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