De la précarité aux bancs de Sciences Po : le singulier destin de Galatée Parson 

Après une adolescence difficile à Montauban, Galatée Parson est aujourd’hui étudiante à l’école de journalisme de Sciences Po Paris.  Un parcours hors norme, grâce à sa détermination et de belles rencontres. 

Galatée dans la librairie de l’Institut du Monde Arabe, le 2 janvier 2026, à Paris. Photo Charlène Sabatier

À 24 ans, Galatée Parson arpente les couloirs de l’école de journalisme de Sciences Po, rue Saint-Guillaume à Paris. Il y a encore quelques années, elle ne pensait pas s’en sortir. Elle a connu la “galère”, le décrochage scolaire et les nuits à dormir dans sa voiture.

Fille unique, proche de sa famille, elle vit d’abord une enfance heureuse.  Plusieurs évènements viennent troubler cet équilibre. Elle est au collège, en quatrième, lorsque sa vie bascule. « J’ai quitté l’école et le domicile familial, puis j’ai commencé à fréquenter les rues de Montauban », avoue-t-elle. Le dispositif Nouvelle Chance du lycée Jules Michelet lui permet finalement de passer le baccalauréat général en seulement une année. Le déclic vers la métamorphose et le début d’une trajectoire inspirante. 

Une personnalité atypique  

Depuis qu’elle est petite, Galatée s’intéresse à tout et pose beaucoup de questions. Elle tient son insatiable curiosité de son père. « C’est un artiste, il peint, fait de la photographie, parle plusieurs langues et notamment le japonais couramment », déclare-t-elle. « Je suis aussi très proche de ma mère. Elle m’a toujours témoigné son amour et son affection, malgré quelques désaccords », souligne-t-elle.

« Quand elle était petite, elle était casse-cou, elle grimpait aux arbres et je m’inquiétais beaucoup », rapporte Anne-Claire Parson, la mère de Galatée. En grandissant, elle cultive plusieurs passions : la gymnastique, l’escalade, la lecture, etc. « Tout a changé l’année  de mes 13 ans. Du jour au lendemain, je n’étais plus en mesure de mener une vie normale, » se souvient-elle. « J’ai tout abandonné et j’ai mené une vie marginale durant près de cinq ans. Je n’avais plus de rêves », explique-t-elle.

La rencontre avec Karine Vieillefond est décisive. Elle passe le baccalauréat grâce au dispositif Nouvelle Chance de Montauban. Elle commence alors une nouvelle vie, faite d’études et de voyages : première année de licence de sociologie à Saint-Denis de la Réunion, deuxième année à Bordeaux et troisième année dans la ville de Québec au Canada.  Boursière, elle intègre dès son retour la prépa journalisme La Chance à Toulouse

C’est une association qui œuvre pour plus de diversité au sein des écoles de journalisme en France. Les concours sont une réussite, elle est acceptée à Sciences Po Paris. « Si on m’avait dit que j’intégrerais un jour cette prestigieuse école, je n’y aurais pas cru. Je reviens vraiment de loin », se félicite-t-elle.   

« L’université a été mon refuge. » 

Karine Vieillefond, coordinatrice de Nouvelle Chance à Montauban, se souvient très bien de Galatée. « C’était une adolescente brillante mais elle n’avait pas conscience de son potentiel. Notre rôle était de l’aider à reprendre confiance en elle », affirme-t-elle.

« Le slogan de notre dispositif est “une autre voie pour réussir”, cela montre bien l’importance des filières alternatives pour nos jeunes en difficulté », explique-t-elle.  Galatée garde un excellent souvenir de ses années de fac.

« L’université a été mon refuge. Lire, écrire, dessiner et pratiquer du sport m’a permis d’extérioriser mes émotions et de développer mon imagination. Petit à petit, j’ai compris que le métier de journaliste me correspondait bien. Les conflits et les guerres m’attirent particulièrement. Je me sens capable de couvrir des zones à risques », assure-t-elle. 

« Je pense que je suis bien placée pour écouter et donner la parole à ceux qui  souffrent. Je m’adapte facilement à tout type d’environnement », affirme-t-elle avec  enthousiasme.

Galatée Parson effectue les réglages de son appareil photo, dans le métro parisien, le 2 janvier 2026.
Photo : Charlène Sabatier

Des rencontres qui ont tout changé  

De sa meilleure amie, Lou-Anne, au personnel éducatif qui a cerné en elle de grandes capacités, Galatée est très reconnaissante des personnes sans qui tout ça n’aurait pas été possible. « Karine Vieillefond est la première personne que j’ai appelée lorsque j’ai eu le résultat d’admission à Sciences Po. Nous étions toutes les deux très émues au téléphone », se remémore-t-elle.

« Les efforts de mes tuteurs auraient été vains s’il n’y avait pas eu Lou-Anne à mes côtés », précise-t-elle. « Je l’ai rencontrée quand cela n’allait pas du tout. Nous ne nous sommes plus jamais quittées. Elle m’a suivie dans toutes mes aventures, en France comme à l’étranger. C’est la première fois que je me retrouve sans elle, il faut bien que nous apprenions à vivre un peu éloignées », plaisante-t-elle. Selon sa mère, malgré les obstacles, il ne faisait aucun doute qu’elle finirait par réussir. « J’ai toujours cru en ma fille et je suis très fière de la jeune femme qu’elle est devenue », s’écrie-t-elle.  

Un regard critique sur l’élitisme au sein du journalisme 

Galatée Parson vient de terminer le premier semestre de la première année du master journalisme de Sciences Po Paris. « Je mesure la chance que j’ai d’avoir réussi les concours. Les écoles ont l’obligation d’ouvrir leurs promotions à davantage de diversité ethnique, sociale et culturelle, et elles le font. Mais je veux aussi dire que les changements se font lentement. Il existe un entre-soi encore très ancré. Les directeurs des grandes écoles perpétuent de vieilles traditions qui vont, selon moi, à l’encontre de ce que doit refléter le journalisme », déplore-t-elle.

« Plus tard, lorsque je ne serai pas sur le terrain, j’aimerais donner des cours d’éducation aux médias auprès de jeunes défavorisés », conclut-elle. Après tout ce qu’elle a traversé, Galatée Parson choisit aujourd’hui de croire au bonheur, notamment grâce aux liens qu’elle tisse avec les autres. 

Charlène SABATIER
édité par Nathanaël MSIKA


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