Le café est l’une des boissons les plus consommées en France. Mais derrière ce rituel quotidien se cache une réalité bien sombre pour l’environnement. Culture énergivore, déforestation, emballages polluants : la filière commence à se transformer, tandis que des alternatives locales et plus durables gagnent du terrain.

Le matin au petit-déjeuner, au travail ou à la fin du repas, tout le monde, ou presque, en boit. 81 % des Français consomment du café chaque jour, avec une moyenne de deux tasses, selon une étude Opinion Way pour la marque Delta Cafés publiée en octobre dernier.
Cultivé en Amérique du Sud, en Afrique subsaharienne ou dans le sud et l’est de l’Asie, le « petit noir » est loin d’être vert. Un litre de café rejette en moyenne plus de 600 g d’équivalent CO₂, d’après l’Ademe, soit 14 fois plus que le thé. La production, qui participe parfois à la déforestation, représente près de 70 % de ces émissions, tandis que, contrairement aux idées reçues, le transport contribue seulement à hauteur de 6 %.
À Lyon, le torréfacteur Voisin a pris en considération les problèmes environnementaux du café. Devant une carte du monde accrochée au mur de son bureau, Franck Boucaud-Maître retrace la provenance des cafés qu’il sélectionne. Pour l’artisan, « la première solution, c’est l’origine ». Chez Voisin, le choix se porte sur des cafés issus « de l’agroforesterie, du bio ou du commerce direct. »
“Les emballages sont un gros enjeu”
Ces modes de production, souvent rencontrés lors de ses déplacements chez les producteurs, permettent de préserver les sols et de maintenir la biodiversité locale. En racontant ses visites de plantations, il évoque des cultures limitant l’érosion, l’usage de produits chimiques et une consommation importante d’eau.
Dans l’atelier de torréfaction à Lyon, les sacs de café s’empilent les uns sur les autres dans l’arrière-boutique qui sert aussi de salle de repos pour les salariés. Ici, l’emballage n’est pas un détail, mais un véritable casse-tête environnemental.
Franck Boucaud-Maître le confie sans détour : « Les emballages sont un gros enjeu. » Longtemps, le café a été conditionné dans des sacs multicouches, efficaces pour la conservation mais presque impossibles à recycler. Aujourd’hui, le Rhodanien a pris un véritable virage à ce sujet.
En pointant du doigt différents prototypes, il explique comment l’entreprise « remplace progressivement les sacs multicouches non recyclables par des matériaux recyclables ou compostables ». Le défi est de taille : protéger les arômes qui sont fragiles tout en réduisant l’impact écologique. « Tout en conservant la qualité du café », insiste-t-il.
Orge, lupins, petit épeautre… Des substituts variés
Devant les impacts négatifs sur l’environnement du café, d’autres boissons, souvent anciennes, se posent en alternatives plus vertueuses. En Bretagne, Nathalie Gouéry et son mari Yoann torréfient de l’orge, du lupin ou encore du petit épeautre, cultivés localement et en bio. Leur marque créée en 2015, Graine de breton, a relancé le café d’orge, consommé jadis par les Gaulois et encore populaire en Italie.
La demande est bien réelle. « Depuis trois ou quatre ans, on sent un vrai élan », observe Nathalie Gouéry. Le couple souhaite : « démocratiser tout ça » avec l’ambition de proposer leurs produits dans des hôtels et des restaurants. Graine de breton, parmi les pionniers en France, a montré la voie à d’autres entreprises proposant des ersatz de café.
« On commence à être nombreux », constate Anaïs Marescaux, fondatrice de Lupi Coffee. La trentenaire lilloise torréfie des lupins bios, cultivés en France et en Allemagne, pour créer un breuvage aux notes de noisette et de cacao. Elle indique : « C’est la boisson la plus proche du café. » Ses lupins se vendent en grains ou moulus et se préparent à la cafetière, tout comme un arabica ou un robusta.
Le retour en force de la chicorée
Autre alternative, la chicorée, bien connue dans le nord de la France, où elle est cultivée, est de nouveau sur le devant de la scène. Les ventes ont progressé de 3 % en 2025 d’après l’Institut d’études Circana, cité par RTL. Depuis les années 1950, Ricoré, boisson à base de chicorée, et son slogan devenu culte ont contribué à populariser la consommation des racines de cette petite fleur bleue.
La marque Leroux, créée en 1858, existe toujours dans le Nord, département où a poussé, en 2023, Cherico. L’entreprise s’est lancée dans le défi de moderniser et rendre attractive la chicorée soluble. Car son image et celles des autres succédanés du « petit noir » sont associées aux guerres, durant lesquelles la pénurie de café obligeait les habitants à trouver des substituts.
Les professionnels du secteur soulignent la volonté de leurs clients de consommer plus local et surtout d’en finir avec les problèmes de santé que peut provoquer le café (nervosité, manque de sommeil, maux de ventre…). Les prix des alternatives sont équivalents, voire parfois moins chers que les cafés bio et équitable. Par exemple, en grains, les produits Lupi Cofee se vendent à 25€ le kilo, contre 29€ pour le café Malongo.
Ces dernières années, le prix du café a explosé. Que Choisir a relevé entre 2024 et novembre 2025 une cinquantaine de références en ligne de café vendus en grande surface. En un an, la facture a augmenté de plus de 18 %. L’inflation pourrait ainsi devenir la première alliée des substituts du café.
Baptiste CHARDELIN et Axel DUMOND
édité par Timothé COURIVAUD
